L’enseignement traditionnel (2).

Il y a une notion délicate, c’est celle de la confiance que l’élève doit apporter à son professeur. Cette question n’est délicate que si le professeur n’est pas un professeur de qualité ou si ses intentions ne sont pas élevées. Il est bien évidemment dangereux d’accorder sa confiance dans ce cas. Nous partirons donc sur le postulat que le professeur est qualifié, ce qui, n’en doutons pas est quasiment toujours le cas. Et puis si tel n’était pas le cas, l’élève est bien stupide de rester avec un tel professeur !

Si l’élève donne sa confiance, nous arrivons alors à un degré de réception élevé. Car ce qui compte au moins autant que la qualité de l’enseignement, c’est la qualité de la réception. Il y avait au dojo de Maître Nocquet quelques rares élèves qui n’ont rien reçu, ou très peu. C’est uniquement parce qu’ils n’avaient pas la qualité de réception nécessaire. Maître Nocquet disait souvent cette phrase : « Laissez-vous pénétrer par l’Esprit du Maître ». L’élève qui donne sa confiance s’ouvre, et alors il reçoit énormément, car le Maître donne, toujours. Celui qui ne reçoit pas c’est uniquement parce que son cœur n’est pas ouvert.

C’est le propre des adultes de critiquer, de juger, de douter, et cela les empêche d’avancer. Savez vous pourquoi les cours enfants sont magiques ? Tout simplement parce que les enfants ont une confiance totale en leur professeur.

Dans l’enseignement traditionnel, l’élève tend donc à FAIRE UN avec son Maître. Tout ce qui sépare l’élève de son Maître, que ce soient les jugements, les critiques, le doute ou que sais-je encore, tout cela est un obstacle que crée l’élève, et qui empêche la transmission de s’effectuer, et l’élève de progresser. Le travail à faire est donc un travail sur soi-même pour être le plus à même de recevoir de la meilleure façon possible… Ouvrir son cœur, faire le vide en soi…Maître Ueshiba avait une belle formule à ce propos. Il disait à ses élèves : « J’ai un délicieux thé à vous offrir, mais je ne le puis car votre verre est plein. Videz d’abord votre verre de vin que je puisse y verser mon thé ».

Cette recherche d’unité avec son professeur est à mon sens incompatible avec une attitude que l’on peut tout à fait comprendre néanmoins et qui consiste à suivre plusieurs professeurs, à aller piocher de droite et de gauche pour enrichir sa connaissance de l’aïkido. Une telle démarche conduit à une connaissance plus étendue peut-être, mais qui reste superficielle. L’élève connaît un peu tout, mais ne possède en réalité rien en profondeur. Il connaît peut-être 10 manières d’effectuer iriminage, mais de ce fait, perd ses repères, doute, et ne progresse pas. Ou bien alors il fait sa synthèse personnelle, crée sa propre méthode. Il n’y a qu’à voir la floraison de nouveaux arts martiaux qui apparaissent régulièrement… La qualité n’est pas toujours au rendez-vous…Tout le monde n’a pas le génie d’un Jigoro Kano, d’un Gichin Funakoshi ou d’un Morihei Ueshiba. Je voudrais vous raconter à ce propos la mésaventure qui est arrivée à Maître Nocquet lors de son séjour au Japon. Comme il était 4ème dan de Judo, il a voulu aller suivre au Kodokan quelques cours de Judo. Quand Maître Ueshiba l’a appris il est rentré dans une colère noire, et il s’en est fallu de très peu que Maître Nocquet ne soit pas exclu de L’Aïkikai. Il lui a fallu faire amende honorable et s’excuser platement…

Tout cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas sortir de son club ni faire de stage, bien évidemment. Mais ces Maîtres que l’on voit lors d’un stage sont comme des étoiles filantes qui brillent et passent dans le ciel. Regardons-les comme telles, en sachant que le travail en profondeur se fait au dojo avec son professeur.

Bien sûr cela peut prêter à sourire quand on entend un professeur dire : « Il est fondamental de ne suivre qu’un seul professeur ». Cela pourrait être assimilé à un embrigadement ayant pour seul but de ne pas perdre ses élèves… En réalité mon conseil est vraiment honnête : « Trouvez le professeur qui vous convient, ici ou ailleurs, faites votre choix, et après suivez-le totalement ».

(À suivre)