Maître Nocquet dans le métro (1)

Après avoir donné ses cours à Boulogne, Maître Nocquet prenait le métro vers 21h30 pour rentrer chez lui. Ligne numéro 9, depuis la station Marcel Sembat jusqu’à la station Père Lachaise, autant dire quasiment tout Paris à traverser. Ce qui le faisait arriver chez lui fort tard. Et à cette heure avancée le métro n’était pas forcément bien fréquenté…

Un soir, entre la station République, et la station Saint Maur, Maître Nocquet  était debout près de la porte du wagon. Derrière lui se trouvait un groupe de trois « blousons noirs », selon l’expression de l’époque, maintenant les jeunes diraient sans doute « racailles ». Le métro s’arrête à la station Saint Maur, et nos trois lascars veulent sortir, mais Maître Nocquet, plongé dans ses pensées devait peut-être gêner un peu le passage. L’un des jeunes l’interpelle alors en des termes fort peu polis que je ne peux rapporter ici, pour qu’il laisse le passage. Maître Nocquet se retourne, le dévisage, et s’écarte pour les laisser passer, en leur disant d’une voix très polie, en s’inclinant légèrement, et en leur montrant le chemin d’un geste de la main : « Mais passez donc, jeunes gens. » Il en laisse passer un, puis deux, et au moment où le dernier passe, il tend à peine la jambe pour lui faire un superbe croc en jambe. Comme la technique fut portée on ne plus correctement, le pauvre garçon trébuche et va s’écraser contre ses camarades qui sont projetés sur le panneau publicitaire ornant le mur de la station. Nos trois lascars, furieux, se relèvent, se retournent et se précipitent pour aller châtier l’insolent. Mais la porte se referme juste sous leur nez. Le métro démarre lentement, et Maître Nocquet, derrière la vitre leur décoche un joli sourire accompagné d’un petit geste d’adieu de la main…

Cela s’appelle « être dans le temps »…