Mise en garde du Maître

Maître Nocquet mettait régulièrement en garde les professeurs qui suivaient ses cours :

« Soyez vigilants à toujours transmettre l’esprit de l’aïkido dans vos cours, disait-il. Il y a beaucoup de professeurs qui sont d’excellents techniciens. Ce n’est pas difficile d’arriver à ce niveau, c’est juste une question de pratique. En revanche, c’est beaucoup plus difficile d’enseigner l’esprit de l’aïkido. Mais vous devez le faire sinon dans 10 ans tout est fini. »

Cette mise en garde est encore aujourd’hui d’actualité. Et non seulement d’actualité, mais fondamentale. Pratiquer l’aïkido sans esprit, c’est comme faire l’amour sans amour. C’est une pratique superficielle et sans âme dont on se lasse vite. Un pratiquant auquel son professeur n’enseigne que la technique, quand est passé le plaisir d’avoir été reçu au 1er ou au 2ème dan, traverse en général une crise de remise en question. En effet, quand on a fait (ou cru faire) le tour de la technique, arrive un vide, une crise de motivation. Alors que, quand on a compris que l’aïkido ne se résumait pas à l’acquisition de techniques, mais avait une autre dimension, quand on a compris que l’aïkido nous renvoyait en nous-même pour le seul combat qui ne cesse jamais, le combat contre soi-même, alors on découvre que son apprentissage n’a pas de fin, bien au contraire. Plus on avance, plus on l’aime, et plus on a soif d’apprendre et de découvrir. Un aïkidoka dont la pratique est animée par l’esprit, retirera de son art une richesse incommensurable, qui donnera à sa vie une autre dimension, et restera en lui sans être altérée par le temps qui passe.

Il y a des couples, qui, quand ils arrivent au crépuscule de leur vie sont encore amoureux l’un de l’autre comme au premier jour. Il y a dans leurs yeux une lumière incroyable. C’est un ravissement de les voir, et quel exemple ! Ces couples-là sont rares. Ce sont ceux qui ont su conserver intact l’amour qui les unit. Vous pouvez vivre cette expérience dans votre rapport à l’aïkido. Si l’esprit vous anime, après 40 ans de pratique vous serez émerveillé par cet art comme vous l’avez été au premier jour. Votre passion restera intacte et traversera les ans sans être altérée. C’est un bonheur que je vous souhaite.

Si vous êtes enseignants, n’oubliez pas cette mise en garde du Maître. Votre enseignement y gagnera en qualité, et vos élèves apprécieront, car notre monde qui recèle tellement de souffrance ressent un cruel besoin de lumière et de paix.