Pour contrôler, laissez libre

20 janvier 2006

 

Enfermez quelqu’un à double tour dans la plus profonde cellule d’une prison, avec une minuscule fenêtre munie de solides barreaux. Éventuellement mettez-lui des menottes et des fers aux pieds. Est-il alors nécessaire de contrôler cette personne ? C’est bien évidemment inutile, car elle est prisonnière, et n’a aucune liberté. En revanche, si vous la laissez libre de ses mouvements, de ses allées et venues, alors là, vous pouvez contrôler ce qu’elle fait. Contrôler quelqu’un sous-entend que cette personne soit libre.

Or tout aïkidoka sait que l’aïkido est un art dans lequel on contrôle son partenaire. Ce qui vient d’être dit nous aide alors à comprendre pourquoi il est important de pratiquer avec les mains ouvertes, ou du moins, de ne pas tenir fermement le partenaire, car alors on ne contrôle pas, mais on emprisonne, et de ce fait on s’écarte de la voie de l’aïki. Relâchez-vous dans votre pratique, ne vous crispez pas, restez centrés, ouvrez les mains, guidez, canalisez en amenant l’autre là où vous sentez qu’il a envie d’aller. Contrôlez-le de telle sorte qu’il ne puisse pas vous blesser, mais laissez-le libre. Vous arriverez ainsi à vous défaire d’agresseurs beaucoup plus puissants que vous, et pratiquerez un aïkido de qualité.

Je voudrais vous faire lire une belle illustration de ce qui vient d’être dit. Eric B., est maréchal-ferrant et pratiquant d’aïkido. Un jour il me fit cette confidence : « Tu sais, Jean-Pierre, quand je tiens la jambe d’un cheval entre mes mains, je ne peux absolument pas lutter avec lui, il est beaucoup plus fort que moi, alors j’utilise exactement les principes de l’aïkido. Je me relâche, me centre dans mon hara et tiens sa jambe le plus légèrement possible en la laissant libre de ses mouvements. Je me fonds dans son mouvement, le contrôle, et l’emmène ainsi où je veux. » Quelle belle manière de mettre en pratique les principes de l’aïki !