Carapace

Chaque être humain est doté d’une certaine dose de sensibilité. D’aucuns en ont assez peu. Cela leur permet sans doute de moins souffrir, en revanche ils ont peut-être moins de capacités à percevoir les richesses de l’invisible. D’autres ont une sensibilité plus développée. Ce qui peut les rendre plus vulnérables face à toutes les difficultés de la vie actuelle. Je suis toujours touché par la souffrance de ces personnes, car c’est souvent parmi elles que se trouvent les plus belles qualités d’âmes. Le réflexe tout à fait naturel d’une personne qui souffre, ou qui a peur de souffrir, est de s’enfermer dans une carapace pour se protéger. Même si je suis persuadé qu’à long terme ce n’est pas la meilleure solution, il vaut mieux cette solution que de se laisser détruire. Il est des moments où l’on n’a pas d’autre choix que de se protéger ainsi. Mais le repli sur soi ne peut pas être une solution à long terme, et puis il est dommage de laisser des trésors enfermés dans une carapace et de n’en point faire profiter son entourage. Envisageons alors une autre voie.

Une carapace nous protège peut-être, mais nous isole, nous replie sur nous-même, et n’est pas le meilleur moyen de nous épanouir. Alors comment faire pour vivre sans carapace ? Utilisons les principes de l’aïkido et pratiquons le « taï-sabaki mental » : restons ouverts, laissons entrer les bonnes choses, laissons passer les mauvaises. Enrichissons-nous de ce que toute la vie nous apporte de positif, et soyons mentalement dynamiques de façon à ne pas être atteint par ce qui pourrait nous blesser. Je vous renvoie à l’exercice de Maître Tohé, dans lequel il se tient debout, de face, ses deux mains faisant un mouvement alternatif devant son ventre pour dévier les attaques arrivant face à lui. N’oubliez pas que cet exercice est avant tout un exercice mental.

Et puis d’aventure, si la carapace est là, si elle s’est formée, ne faisons pas de fixation sur elle, par des réflexions du genre : cette carapace est stupide, elle me gêne dans ma relation aux autres et à la vie. Est-elle là ? Acceptons-la, oublions-la. Et essayons, par l’intérieur, de nous relier à la Vie. Fermons les yeux, rentrons en nous-même pour y découvrir cette source intarissable de lumière et d’amour qui est en chaque être humain. Si nous laissons cette lumière et cet amour nous inonder, nous aurons la surprise de voir que notre carapace va peu à peu fondre de l’intérieur. Nous projetterons alors à partir de notre centre une lumière incroyablement puissante qui nous protègera alors des choses négatives qui voudraient entrer en nous. Nous pourrons alors marcher dans la vie, les mains et le cœur ouvert, le regard droit, sans peur et confiant en l’avenir, car la Vie nous porte. Les autres percevront cette lumière qui émane de nous, et ils viendront vers nous, non pas pour nous agresser, mais pour profiter des trésors qui sont dans notre cœur.