Deux triangles et un cercle

Considérons un triangle équilatéral. Il peut être placé reposant sur sa base. Dans ce cas il est symbole de stabilité et d’équilibre. En revanche si on le fait reposer sur sa pointe, il symbolise le déséquilibre.

Au  début de la pratique, uke et tori sont chacun placés comme des triangles reposant sur leurs bases. C’est un point de départ sur lequel il faut rester vigilant, car comment tori pourrait-il envisager de réaliser une technique correcte, si avant même de commencer son mouvement il est en déséquilibre ? De la même manière uke doit faire attention à réaliser une attaque correcte sans se déséquilibrer tout seul avant même que tori n’ait réalisé la moindre action. Si tori et uke respectent ce point de départ, alors l’aïkido prendra toute sa dimension. Le but de tori est, tout en restant lui-même en équilibre durant toute la réalisation du mouvement, d’arriver en inscrivant le triangle de uke dans un cercle (le cercle du mouvement de l’aïkido) à le mettre en mouvement pour le faire reposer sur la pointe. Arriver à retourner le triangle, c’est tout l’art de l’aïkidoka. S’il arrive à le placer ainsi, point n’est besoin de déployer une énergie démesurée pour faire tomber uke. Un triangle placé la pointe en bas, ne demande qu’à tomber. Il suffit d’un souffle ou d’une pichenette. Le problème n’est pas de faire tomber uke, mais de réaliser le cercle le plus parfait possible.

Le profane qui regarde un pratiquant d’aïkido fait souvent cette réflexion : « Le partenaire tombe tout seul. » S’il fait cette réflexion, c’est qu’il n’a pas bien perçu la subtilité du mouvement et qu’il n’a pas pris conscience du travail du cercle qui fait évoluer le triangle d’une position stable, pointe en l’air, à une situation de déséquilibre, pointe en bas. Si vous regardez bien votre professeur quand il montre un mouvement, vous pouvez apercevoir ces trois phases dans le mouvement : triangle stable – cercle – triangle instable, et remarquer en particulier que uke, juste avant de tomber n’a effectivement plus qu’un point de contact avec le sol, tel le triangle décrit plus haut.

C’est la raison pour laquelle Maître Nocquet dans ses cours nous disait : « Ne cherchez pas à faire tomber votre partenaire. Cherchez à réaliser le cercle le plus parfait possible. Ce n’est pas vous qui faites tomber votre partenaire, c’est le cercle que vous avez créé qui le fait tomber. »