Le cercle qui fait tomber

Maître Nocquet disait : « Ne cherchez pas à faire tomber votre partenaire. Cherchez à réaliser le cercle le plus parfait possible. Ce n’est pas vous qui faites tomber votre partenaire, c’est le cercle que vous avez créé qui le fait tomber. » Ce distinguo subtil est important, car il est déterminant à la fois pour tori et pour uke. Le cercle que vous créez est un intermédiaire entre lui et vous. Il vous permet donc d’agir avec un certain recul, un certain détachement. Comme vous n’êtes pas en rapport direct avec l’agresseur, vous n’êtes pas touché par son agressivité, et risquez donc moins de subir un facteur émotionnel qui pourrait entraver votre action. Vous n’êtes pas en train de maîtriser ou de détruire un agresseur, vous êtes donc moins enclin à avoir une intention agressive ou un désir de vengeance. Vous êtes dans l’expression artistique, vous dessinez dans l’espace, vous créez dans un état d’esprit libre et paisible.

Cela génère une attitude mentale complètement différente qui aura entre autre un retentissement tout particulier sur le comportement de uke. Confiant en la qualité de votre taï-sabaki vous avez éliminé la peur en vous et pouvez vous concentrer intégralement sur la création de ce cercle salvateur. De ce fait uke perçoit lui aussi les choses différemment. Comme il n’a pas senti de violence envers lui, il n’a pas de désir de revanche. Il a été absorbé dans un tourbillon d’énergie, certes, mais ce n’est pas vous qui l’avez fait tomber, c’est le cercle. Comment peut-il alors vous en vouloir ? Il sent que son agressivité a été détruite, mais ne perçoit pas d’agression envers lui-même. Enveloppé dans ce cercle quasi magique, il se sent transformé. Son intention agressive a disparu.

La preuve en est que dans la plupart des cas, un agresseur qui a subi une technique d’aïkido ne réattaque pas. Ce qui est un des critères qui permet d’affirmer que le mouvement a été réussi, car l’exigence est non seulement de sauver sa vie, mais également de faire disparaître l’agressivité du partenaire.

Ce cercle entre les deux triangles est l’essence même de l’aïkido et mérite toute notre attention lorsque nous le dessinons.