Le professeur est un élève comme les autres

Nous avons vu la semaine dernière que ce n’était pas nous qui apprenions le mouvement, mais que c’était le mouvement qui nous apprenait. Ce qui est vrai pour l’élève l’est aussi pour le professeur. Lui aussi exécute des mouvements sur le tatami. Ces mouvements vivent donc en lui et le nourrissent, le font progresser. L’élève (je parle de celui qui suit son professeur sur une longue période) est donc le témoin de l’évolution de son professeur et peut comparer cette évolution à la sienne, en tirer des enseignements. Il peut être intéressant pour lui de voir ce qu’un pratiquant qui est un peu plus avancé que lui sur la voie tire comme leçons de sa pratique. Le professeur indique donc des directions de recherche, et veille à ce que l’élève cherche bien dans la bonne direction. Mais surtout le professeur n’oublie pas d’ouvrir les yeux de l’élève sur le contenu spirituel que recèle l’aïkido en général, et chaque technique en particulier. Il est le garant de la transmission de l’Esprit. A travers lui, c’est Maître Ueshiba qui est présent sur le tatami au milieu des élèves. Son rôle est donc primordial, fondamental. Mais d’un autre côté le professeur doit savoir se montrer discret, ne pas être directif, dictatorial. Il doit respecter la liberté de son élève, respecter son rythme d’apprentissage, ne pas vouloir brusquer les choses, être à l’écoute. Il est un peu comme un observateur qui se tient légèrement en retrait, s’assurant que tout se déroule correctement selon un rythme naturel.

Enfin, le professeur doit veiller à rester dans une honnêteté et une humilité de bon aloi. Il doit clairement exprimer à ses élèves qu’il n’est pas arrivé au bout du chemin, tant sur le plan technique que spirituel. Laisser croire à ses élèves qu’il est un réceptacle de la connaissance ou de la vérité serait leur donner une image fausse de la voie. La voie n’a pas de fin. La voie est un apprentissage incessant. En ce sens, il n’y a ni professeur ni élève, uniquement des êtres en état de devenir.