L’Everest

Découvrir l’aïkido est une des plus belles aventures que nous puissions vivre. N’hésitons donc pas à la comparer à l’ascension de l’Everest. 8800 mètres à gravir. 1000 mètres franchis, c’est un dan de passé… en haut, le 9ème dan… Les débuts sont aisés, on progresse sur des sentiers bien balisés, en chemisette et en baskets, en devisant gaiement avec ses compagnons d’ascension, tout comme le débutant qui parle sur un tatami. Passés 1000 mètres, il faut commencer à se couvrir. Passés 2000 mètres, les baskets doivent être remplacées par des chaussures plus adaptées. Mais on est encore dans la facilité. On s’élève encore, et notre regard peut se porter plus loin. Nous découvrons avec bonheur un paysage dont nous ignorions jusqu’à l’existence quand nous étions au début du chemin. Mais les difficultés que l’on rencontre dans l’ascension vont en grandissant, on rencontre la neige, la glace, des parois abruptes. Chacun se tait pour rentrer en lui-même et mettre toute son énergie dans l’ascension. La technique doit être maintenant plus fine, les gestes plus précis, car une erreur peut être lourde de conséquence. Notre regard peut maintenant apercevoir des sommets plus lointains. Ce paysage que l’on découvre en s’élevant, c’est la réalité physique, à savoir la technique. Plus on monte, plus l’on s’enrichit au niveau technique. Et puis un jour, notre vue ne peut plus se porter plus loin. On aperçoit la ligne de courbure de la Terre. C’est la maîtrise de la technique, qui correspond, d’après Maître Nocquet au 5ème dan. 5000 mètres. La vue est superbe. Et pourtant on n’est pas arrivés au sommet. Encore 3800 mètres d’efforts. Depuis le début de l’ascension plus l’on monte plus les difficultés augmentent. De même les délais augmentent entre chaque grade. Deux ans du 1er au 2ème dan, trois ans du 2ème au 3ème, etc. Au 5ème dan vous maîtrisez la technique (ce qui reste à démontrer…). Mais le chemin qui vous reste à parcourir est immense, car l’essentiel du travail à fournir, l’essentiel des difficultés à vaincre, n’est plus du domaine de la technique, mais du domaine de l’esprit. Et là, on rencontre les vraies difficultés.

Quand on dépasse 5000 mètres, l’oxygène se raréfie. On ne parle plus, on cherche à économiser ses mouvements. Plus de précipitation ou de gestes brusques. A partir du 6ème  dan les mouvements se dépouillent de plus en plus. La technique s’épure. Les gestes deviennent de plus en plus sobres. Les mouvements se font avec le minimum d’efforts. Et puis un jour nous posons le pied sur le sommet. Mais il est une chose que nous avons apprise pendant notre ascension, c’est combien la montagne est plus forte que nous. Et nous savons que si nous sommes arrivés là, c’est au prix d’efforts personnels, certes, mais aussi parce que la montagne a été clémente avec nous et nous a acceptés. C’est la raison pour laquelle notre premier geste est un geste de remerciement et d’humilité.