Rester centré physiquement

Quand on cherche un symbole pour illustrer le fait d’être centré, on fait appel le plus souvent au symbole de la croix. Je voudrais aujourd’hui faire une approche différente qui se réfère aux deux triangles dont nous avons parlé les semaines précédentes. Si vous considérez celui qui repose sur sa base, il n’a qu’un sommet en haut et ce sommet, est à la verticale de la base. Un tel triangle est en parfait équilibre, on dira qu’il est « centré ». En revanche, le triangle qui repose sur sa pointe a son centre de gravité qui est plus haut, et les deux sommets qui sont en l’air n’ont sous eux que du vide. Ce triangle n’est pas équilibré, on dira qu’il n’est pas « centré ».

Pendant la réalisation de la technique, tori doit amener uke à se retrouver dans une position de déséquilibre à la fin du mouvement, tout en restant vigilant à rester centré. Que dire d’un mouvement qui conduirait au déséquilibre des deux protagonistes ? Tori doit en particulier faire attention à ne pas se laisser entraîner par le déséquilibre de uke. Et c’est malheureusement trop souvent le spectacle auquel on assiste sur un tatami : des pratiquants qui s’imaginent être efficaces alors qu’ils ont perdu leur équilibre, qu’ils ne sont plus centrés.

Si votre corps est penché vers l’avant, votre tête n’est plus à la verticale de votre polygone de sustentation, et bien souvent votre jambe arrière se décolle : vous êtes comme un triangle sur la pointe, vous avez perdu votre centre. Pour rester centré dans le mouvement gardez bien vos épaules à la verticale des hanches, votre centre de gravité sera situé à la verticale de votre polygone de sustentation, vous serez centré.

Il faut bien différencier deux manières d’être centré. Lorsque vous êtes en seiza, immobile, les épaules basses, relâchées, vous êtes centré. Mais vous êtes statique. Il est beaucoup plus difficile de rester centré lorsqu’on est en mouvement, car à chaque instant la situation change, et le risque est permanent de perdre son centre. C’est ce à quoi il faut pourtant parvenir : rester centré dans le mouvement.

C’est d’ailleurs un excellent critère pour juger de la qualité du travail fourni par un aïkidoka, indépendamment de l’école à laquelle il appartient et de sa manière de réaliser une technique : réussit-il tout en restant centré à déséquilibrer uke ?

Nous verrons la semaine prochaine le transfert de ces notions sur le plan du mental.