Un apprentissage sans fin

Il y a des apprentissages qui ont un début et une fin. Comme par exemple apprendre une table de multiplication, ou apprendre à faire du vélo. À un certain moment vous pouvez dire : « Ça y est, j’ai fini, je sais. » En revanche, d’autres apprentissages ont un début, mais pas de fin. Et il vaut mieux le savoir quand on s’y lance…Ce type d’apprentissages sans fin se rencontre en particulier dans le domaine de l’art. Je ne pense pas qu’un pianiste, aussi virtuose soit-il n’envisage pas de progresser encore. L’aïkido, en tant qu’art entre donc dans cette catégorie. Mais aussi parce qu’il propose un travail sur soi, et que ce type de travail ne prend jamais fin. À chaque seconde de notre vie, il nous est possible de progresser.

Donc, si à un moment donné vous avez l’impression de savoir faire un mouvement, faites attention, vous vous trompez. Vous ne saurez jamais faire aucun mouvement d’aïkido. Comprenez bien ce que je veux dire par là. Vous saurez peut-être le faire très correctement, mais jamais d’une manière qui ne puisse être encore améliorée. C’est dans cet esprit que je dis que nous ne saurons jamais faire aucun mouvement.

Permettez-moi de vous parler de mon expérience. Après quelques années de pratique j’avais cette vison des choses : j’avais la sensation de réaliser à peu près convenablement un certain nombre de techniques, mais il y en restait toujours une qui me posait problème, et jamais la même. Pendant six mois je sentais correctement Iriminage et Kote Gaeshi, mais me sentais incapable de réaliser correctement Shionage. L’année d’après Shionage et Kote Gaeshi passaient bien et voilà que ma bête noire était Iriminage. Et ainsi se déroulaient les années. Il faut savoir que lorsque vous avez l’impression de ne pas savoir faire un mouvement, c’est que vous avez quelque chose à découvrir, donc que vous allez faire un progrès, ce qui finalement est une bonne nouvelle.

Et puis, le mois dernier, j’ai eu une sensation toute nouvelle et fort désagréable. J’ai eu cette sensation, non pas de ne pas savoir faire un mouvement, mais de ne savoir en faire aucun ! J’en ai fait part à mon partenaire, mais me suis bien gardé de le dire à mes élèves…Je ne sais pas s’ils auraient apprécié… J’imagine qu’ils se disaient : « Oh qu’il est beau le mouvement que Jean-Pierre vient de faire. » Alors que dans ma tête se tenait un tout autre discours…